Marque culte aperçue aux poignets des astronautes, de James Bond et de Cindy Crawford, Omega est aussi le chronométreur officiel des Jeux Olympiques. De quoi en faire l’horloger de tous les records ?

Quand Louis Brandt fonde son atelier d’horlogerie à La Chaux-de-Fonds en 1848, celui-ci ne porte pas encore le nom d’Omega. Il faudra attendre le succès de la commercialisation du calibre 19 lignes par ses deux fils Louis-Paul et César (qui lui succèdent après sa mort en 1879 et relocalisent la société Louis Brandt & Fils à Bienne) pour que le surnom de ce premier mouvement doté d’une couronne de remontage s’impose comme nom de choix pour la société renommée d’après la dernière lettre de l’alphabet grec en 1903.

En ce début de siècle, la marque ayant remporté la prestigieuse récompense du Grand Prix de l’Exposition universelle de 1900 à Paris est considérée comme le plus grand fabricant de montres finies de Suisse : le livre Omega Saga recense une production annuelle des seules montres Omega qui atteint les 180 000 pièces, soit 600 par jour en 1900, et constate de la contrefaçon dès 1897.

La formation d’un des premiers groupes horlogers

1903 est aussi une année difficile pour l’entreprise qui voit la disparition soudaine des deux frères Brandt à quelques mois d’écart. Paul-Émile (23 ans), Adrien (21 ans) et Gustave (20 ans) Brandt doivent leur succéder en se répartissant respectivement les responsabilités de direction des ateliers de fabrication, direction de la terminaison et direction commerciale à partir de 1905. Les affaires continuent néanmoins de prospérer jusqu’à atteindre un chiffre record de 257 000 montres vendues durant l’exercice 1913/1914. Malgré des commandes de l’aviation britannique et de l’armée américaine, la Première Guerre mondiale marque néanmoins le début d’une période creuse accentuée par la dépression économique du début des années 20 puis le crash de Wall Street en 1929. Pour sortir de la crise, Omega envisage une fusion avec d’autres horlogers et finit par s’entendre avec Tissot en 1930 pour créer la SSIH (Société suisse pour l’industrie horlogère) qui fera également l’acquisition du fabricant de mouvements Lemania en 1932. Cette même année, Omega devient le chronométreur exclusif de toutes les épreuves des Jeux Olympiques de Los Angeles, les premiers d’une longue série, ce qui lui permet de confirmer dans le monde du sport une réputation de précision hors pair déjà prouvée lors des concours horlogers.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Omega fournit des montres aux armées britanniques et suédoises avant de devenir fournisseur de la Canadian Air Force, de la Royal Australian Air Force et de l’armée américaine en 1945. En 1948, sort la Centenary, premier chronomètre-bracelet d’une entreprise horlogère qui fête ses 100 ans, ainsi que la première version de la Seamaster.

Des montres entrées dans la légende

Montre de plongée dérivée des modèles robustes répondant aux commandes du Gouvernement britannique en 1939, ce garde-temps légendaire sera décliné en de nombreuses versions dont la Seamaster 300 (étanche jusqu’à 300 m) qui fait partie de la “sainte trinité” des montres-bracelets Omega sorties en 1957 avec la Railmaster aux propriétés amagnétiques et le chronographe Speedmaster.

Première montre munie d’une échelle tachymétrique sur la lunette et non sur le cadran, cette dernière est également la première montre à voyager dans l’espace en 1962 au poignet de l’astronaute Walter Schirra lors de la mission Mercury-Atlas 8. Un choix personnel qui influencera probablement la NASA qui la choisit comme chronographe officiel le 1er mars 1965. Le 21 juillet 1969, la Speedmaster ST105.012 de Buzz Aldrin est la première montre portée sur la Lune. En 1970, Omega obtient le Snoopy Award, un prix remis par l’agence spatiale américaine pour services rendus. 

James Bond, sauveteur d’Omega ? 

Fortement ébranlée par la crise du quartz au cours des années 70, malgré le lancement de modèles comme l’Omega Chrono-Quartz en 1976, la SSIH est au bord de la faillite au début des années 80, tout comme la holding ASUAG (Société Générale de l’Horlogerie Suisse SA). Après être intervenu pour tenter de renflouer les caisses, un comité de restructuration institué par un consortium de banques suisses décide de faire fusionner les deux groupes en 1984 pour former un nouveau géant de l’horlogerie : SMH (Société de microélectronique et d’horlogerie), connu depuis 1998 sous le nom de Swatch Group. Nicolas Hayek, véritable architecte du plan de sauvetage, en est devenu le président. Considéré comme le “Sauveur de l’industrie horlogère suisse”, il rachète Blancpain en 1992 et en profite pour recruter son redresseur, Jean-Claude Biver. Devenu directeur du marketing international Omega en 1993, celui-ci réussit plusieurs coups d’éclats qui se matérialisent en 1995 par la nomination d’ambassadeurs comme Cindy Crawford ou Martina Hingis, l’apparition d’une Speedmaster dans le film Apollo XIII, mais aussi d’une Seamaster 300 capable de projeter un rayon laser dans le 17ème film James Bond, GoldenEye. Qu’il soit incarné par Pierce Brosnan ou Daniel Craig, l’agent 007 arbore toujours une Omega au poignet sur grand écran alors que le héros imaginé par Ian Fleming porte une Rolex dans les romans. Avec un chiffre d’affaires en hausse de 20 %, 1996 est la meilleure année d’Omega depuis les années 70. 

En 1999, Omega introduit l’échappement Co-Axial qui permet de réduire les frottements et donc de rendre encore plus fiables des mouvements déjà réputés pour leur précision et leur robustesse. Depuis le début des années 2000, la maison s’emploie également à réduire l’impact des champs magnétiques produits par les technologies sans fil sur ses mouvements mécaniques avec des innovations comme le calibre Co-Axial 8508 de 2013, prévu pour résister à plus de 15 000 gauss (contre 1000 pour une montre antimagnétique d’ancienne génération). Un seuil qui sera pris en compte dans l’établissement par Omega en 2015 d’une nouvelle certification dite “Master Chronometer” : un nouveau standard de qualité nécessitant de remplir des critères définis par l’Institut Fédéral Suisse de Métrologie (METAS). Une quête d’excellence nécessaire au chronométrage d’événements sportifs majeurs comme les JO de Milano Cortina 2026 qui marquent 90 ans de chronométrage des jeux d’hiver pour Omega.

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Écrit par

Julien Lambea
Journaliste freelance basé à Paris, Julien Lambea écrit sur la mode et la culture. Ancien chef de rubrique Style de GQ France, il a participé au lancement de ICON France comme rédacteur en chef adjoint et a collaboré avec L’Étiquette et Time Out.

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