Née de la collaboration entre Edmond Jaeger et Jacques-David LeCoultre, la manufacture franco-suisse Jaeger-LeCoultre est indissociable d’un des modèles de montres les plus célèbres de l’histoire : la Reverso.
Bien avant la création de la marque qui porte les deux noms en 1937, l’histoire de Jaeger LeCoultre débute en 1833 quand Charles Antoine LeCoultre (1803-1881), inventeur d’une machine à tailler les pignons de mécanismes (puis du remontoir à bascule en 1847), fonde un petit atelier d’horlogerie à Le Sentier en Suisse. LeCoultre & Cie, qu’il fonde avec son fils Elie en 1867, est la première manufacture de la Vallée de Joux (suivra notamment Audemars Piguet en 1975). C’est Jacques-David LeCoultre, le petit-fils devenu directeur en 1906, qui scellera l’union de l’entreprise avec celle d’Edmond Jaeger, pour qui LeCoultre produit des montres depuis 1903.
Le trio Jaeger-LeCoultre-Rodanet
Horloger né en Alsace en 1858, Edmond Jaeger a 22 ans lorsqu’il fonde Jaeger à Paris en 1880 avant de devenir l’horloger de la Marine ou fournisseur de calibres pour une commande spéciale de Tiffany à Patek Philippe en 1900. En 1902, il commence à collaborer avec Henri Rodanet, 18 ans, major de promotion de l’École d’Horlogerie de Paris et membre d’une famille d’horlogers illustres. Celui-ci deviendra rapidement directeur technique de l’entreprise qui collabore avec Cartier dès 1904, un an après le début de la coopération avec LeCoultre qui relève le défi de produire en série la montre de poche la plus plate au monde. L’une des obsessions de Jaeger mais aussi de Rodanet qui sera à l’origine du plus petit mouvement mécanique au monde : le Calibre 101 mis au point en 1929 après le mouvement de la montre Duoplan inspirée des biplans de la Première Guerre mondiale.

Non content d’avoir participé à la création de chefs-d’œuvre de Cartier comme la Santos ou la Tank, Rodanet, devenu PDG des établissements Jaeger peu avant la mort d’Edmond en 1922, supervise la mise au point de la Reverso en 1931 avec l’ingénieur René-Alfred Chauvot. Son nom, du latin “je me retourne”, illustre la spécificité de cette montre au cadran basculant grâce à un système de glissoir breveté. Une montre pensée pour les joueurs de polo d’après une idée de l’homme d’affaires suisse César de Trey et qui finira aux poignets de personnes célèbres mais aussi d’anonymes du monde entier.





Lancée en 1931, la Reverso de Jaeger-LeCoultre se distingue par son boîtier réversible iconique conçu pour protéger le cadran.
Inventeur de génie aux 500 brevets, Henri Rodanet est également celui qui a dessiné le tachymètre en 1917, un instrument qui initie la diversification de Jaeger dans l’aviation et l’automobile : raison pour laquelle on retrouve le logo de la société sur les tableaux de bord des voitures Citroën, Panhard, Renault ou encore Bugatti jusque dans les années 1990. Organisant le sauvetage de l’entreprise durant la Seconde Guerre mondiale (comme raconté dans l’ouvrage H. Rodanet, l’histoire exceptionnelle d’une dynastie horlogère et Jaeger), Henri Rodanet et Jaeger-LeCoultre continuent d’innover après celle-ci en créant la première montre-bracelet ultra plate dotée du calibre 803 de 1,64 mm d’épaisseur en 1953, précédée en 1950 de la Memovox dotée d’une fonction alarme qui sera portée par Charlie Chaplin, de la Powermatic de 1948, première montre-bracelet automatique avec réserve de marche et de la Futurematic, première montre automatique sans couronne de remontage, en 1951.
La tradition de l’innovation et de la technique horlogère
Même après la disparition de ces trois figures fondatrices, la maison perpétuera cet attachement à l’innovation et au savoir-faire technique et mécanique, même au cœur de la crise du quartz (fun fact : l’un des membres de la famille LeCoultre, René, qui travaillera à partir de 1971 pour Rolex, est parfois considéré comme l’inventeur suisse de la montre à quartz). Jaeger-LeCoultre revendique à ce jour la création de plus de 1400 calibres. En 2004, la manufacture que l’on surnomme la “Grande Maison” a dévoilé sa première véritable Grande Complication avec la montre Master Gyrotourbillon 1 dotée d’un tourbillon, d’une équation du temps marchante et d’un quantième perpétuel.



Présenté en 2004, le Gyrotourbillon de Jaeger-LeCoultre est un tourbillon sphérique multi-axes conçu pour améliorer la précision.
On a aussi donné à Jaeger-LeCoultre le surnom de “The Sound Maker” pour ses calibres à répétition minute capables de sonner l’heure sur simple pression d’un bouton poussoir.