Fabricant de la première montre-bracelet nipponne puis de la première montre à quartz de série au monde, Seiko a réussi à faire du Japon le deuxième pays de l’horlogerie. 

Quand Kintaro Hattori ouvrit sa première boutique de vente et réparation d’horloges à Tokyo en 1881, il ne se doutait peut-être pas qu’il venait de poser la première pierre d’un groupe qui deviendra “la première entreprise à produire durablement des montres à l’échelle industrielle” comme le raconte Pierre-Yves Donzé dans L’heure pour tous, une montre pour chacun (à lire aussi du même auteur : Rattraper et dépasser la Suisse - Histoire de l’industrie horlogère japonaise de 1850 à nos jours). Il faudra attendre 1898 pour que soit déposée la marque Seikosha, que l’on pourrait traduire par “maison de précision”, du nom de l’entreprise qui fabrique les horloges (1892) puis les montres (en 1895 sort la montre de poche “Timekeeper”) vendues par la société K. Hattori.

Timekeeper - 1895

En 1913, elle produira la “Laurel”, la première montre-bracelet japonaise, quatre ans après ce qui est considéré comme la première montre de poche conçue pour la production en série, la “Empire”. C’est en 1924 qu’apparaîtra pour la première fois le nom “Seiko” sur le cadran d’une montre, un an après le grand tremblement de terre du Kanto qui força la société à reconstruire ses infrastructures perdues et probablement à se réinventer. 

Première apparition du nom "Seiko" sur le cadran d'une montre - 1924

Daini Seikosha vs Suwa Seikosha 

Devenue entre-temps fournisseur de montres pour les sociétés ferroviaires et les compagnies de téléphone, la société familiale des Hattori est en 1940 le plus grand fabricant au monde avec 1,3 million de montres produites, en grande partie dans la nouvelle usine Daini Seikosha (aujourd’hui Seiko Instruments Inc.) fondée en 1937.

La Seconde Guerre mondiale voit la naissance d’une autre usine d’abord sous-traitante située non pas à Tokyo mais à Suwa, dans la région de Nagano, qui devient indépendante en 1959 sous le nom de Suwa Seikosha Co., Ltd. (aujourd’hui Seiko Epson Corporation). Produisant toutes deux des montres vendues par K. Hattori, ces deux entités seront mises en concurrence mais seront aussi parfois amenées à collaborer pour améliorer la compétitivité de l’entreprise.
L’exemple le plus probant est peut-être le lancement par Suwa de la Grand Seiko en 1960, un modèle de haute qualité auquel répondra Daini en 1961 avec la King Seiko.

Première Grand Seiko en 1960

Chronométreur officiel des JO de Tokyo en 1964 puis de ceux de Sapporo, Barcelone, Lillehammer, Nagano et Salt Lake City, Seiko se fait également remarquer lors des compétitions horlogères suisses jusqu’à ce que les organisateurs décident d’exclure la participation de manufactures non-européennes. 

La révolution du quartz 

C’est par une autre forme de course à la précision que Seiko finira par battre la Suisse à son propre jeu : le 25 décembre 1969, Seiko commercialise l’Astron, la toute première montre à quartz qui dépasse le stade de prototype, concrétisant ainsi une décision de produire des montres électroniques prise à la fin des années 50. Seiko parvient ensuite à les rendre plus abordables puis à les fabriquer en masse grâce à la mise au point de chaînes d’assemblage automatisées : la production passe de 3 000 montres à quartz en 1971 à 64 000 dès l’année suivante puis 1,7 million en 1975 et plus de 100 millions par an à partir des années 1990.

Astron - 1969

Pendant les années 80, Seiko est le premier horloger au monde et continue à innover dans le domaine des montres à quartz digitales en sortant notamment la première montre TV au monde en 1983 tout en produisant des montres pour des marques de mode comme Courrèges ou Nina Ricci. Pendant les années 90, Seiko introduit des mouvements hybrides qui intègrent à la fois des technologies mécaniques et électroniques comme dans les montres “Kinetic” ou “Spring Drive”.

Le succès des montres à quartz n’a pas convaincu la firme d’abandonner les montres mécaniques pour autant et les années 2000 voient même la création d’un atelier spécialisé, le Shizukuishi Watch Studio suivi en 2020 par le Grand Seiko Studio Shizukuishi. C’est là que sont assemblées les montres dotées du calibre 9S, un mouvement devenu la signature des montres Grand Seiko qui deviendra une marque à part entière en 2017.

En 2022, la Grand Seiko Kodo introduit un tout nouveau type de mécanisme intégrant un tourbillon et un mécanisme à force constante combinés en une seule unité et sur un seul axe. Une prouesse au service de la recherche de précision qui reste et restera le leitmotiv de Seiko.

Grand Seiko Kodo - Tourbillon

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Écrit par

Julien Lambea
Journaliste freelance basé à Paris, Julien Lambea écrit sur la mode et la culture. Ancien chef de rubrique Style de GQ France, il a participé au lancement de ICON France comme rédacteur en chef adjoint et a collaboré avec L’Étiquette et Time Out.

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