Sur la carte horlogère mondiale, quelques aficionados sauront peut-être reconnaître ce petit point au milieu de la mer d’Irlande, à quelque 50 kilomètres de l’Angleterre. Pour les autres, voici son nom : l’île de Man. C’est ici, dans un atelier improvisé, mais pas moins tout équipé, que George Daniels s’installe à la fin des années 1980. Figure éminente de l’horlogerie du XXème siècle, inventeur légendaire, iconoclaste sans le laisser paraître, ses mains d’orfèvres ont redessiné les contours de l’horlogerie traditionnelle. Voyez par vous-mêmes.

Communément appelée la “méthode Daniels”

Deuxième enfant d’une fratrie de onze, George Daniels est tantôt vendeur de bois, tantôt ouvrier, ou bien est-il électricien ou encore soldat. À la fin des années 40, il commence une formation à l’Institut Polytechnique de Northampton où il prend part à des cours du soir en horlogerie. Certification en poche, il s’installe en tant que réparateur de montres et ouvre sa propre enseigne. Un jour, il décide de faire quelque chose de peu habituel sinon rare :  produire à la main et sans aucun outillage automatique, ses propres pièces, du mécanisme à l’habillage. L’équivalent de 2500 heures de travail pour aboutir à un objet fini. 1969 sera l’année où il dévoile sa première montre : un modèle de poche à tourbillon avec échappement à détente pivotée. Une prouesse. Mais ce n’est que le début. Au cours de sa carrière, il travaille près de 27 modèles de bout en bout et plus d’une dizaine de prototypes. 

L’échappement co-axial

Un an après l’inauguration de sa première montre, George Daniels présente ce qui s'impose ensuite comme une révolution dans le secteur : un système d’échappement co-axial. En horlogerie, l’échappement est le cœur d’une montre mécanique. Il libère l’énergie du ressort de barillet de façon contrôlée et régulière, tout en maintenant le balancier en oscillation : l’incontournable mélodie du tic-tac que l’on entend en approchant un peu l’oreille. Jusqu’alors, l’échappement fonctionnait par glissement dont le frottement provoquait, au fil de l’usage, une usure mécanique. En remplaçant le glissement par une impulsion tangentielle — autrement dit, non pas en frottant une pièce contre une autre, mais en les faisant s’impulser dans le sens du mouvement — il s’impose comme un inventeur. Deux décennies plus tard, ETA, manufacture du Swatch Group perfectionne le mécanisme en vue de son industrialisation avant que Omega négocie auprès de l’inventeur, une licence exclusive d’exploitation. Aujourd’hui, l’échappement co-axial est devenu la marque de fabrique de la marque Omega.  

Un atelier sur l’île

En 1982, il s’installe sur l’île de Man et y établit son atelier. Haut lieu de création et d’innovation, cette adresse est propice au dépassement. Ici, l’inventeur continue à concevoir des montres de bout en bout, à chercher de nouvelles manières de réinventer l’horlogerie et à mettre à profit sa maligne ingéniosité.  C’est aussi sur l’île de Man qu’il accueille Roger Smith, son protégé. Le duo est à l’origine des cinquante montres Millennium, les premières montres-bracelets Omega avec l'échappement co-axial.

L’atelier de Roger Smith se trouve toujours sur l’île, équipé des outils du mentor. Le désormais horloger continue sa poursuite irrévérencieuse pour la tradition horlogère.

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Écrit par

Marjolaine Hallacq
Formée en sciences politiques, Marjolaine a été analyste avant de se faire une place sur la scène littéraire. Aujourd’hui autrice et journaliste, elle collabore avec des marques et médias pour raconter des histoires et créer des récits.

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