Des mines en Inde jusqu’au Smithsonian, le diamant Hope a traversé bien des siècles et des territoires — non sans marquer les esprits. Entre faits avérés et légendes soigneusement entretenues : retour sur l’histoire extraordinaire d’un joyau complètement hors du commun.
Il y a des objets qui semblent être guidés par leur propre destinée — parfois capricieuse, souvent tragique. Le diamant Hope est sûrement l’un des exemples les plus parlants. Quarante-cinq carats d’un bleu profond et d’une intensité presque surnaturelle, qui ont traversé plus de trois siècles d’histoire pour finalement devenir le mythe que l’on connaît aujourd’hui.
Son origine remonte à 1668. Un certain Jean-Baptiste Tavernier, alors marchand et explorateur, vend à Louis XIV (qu’on ne présente plus) un diamant brut de pas moins de 115 carats, ramené des mines de Golconde, en Inde. À l’époque, ces dernières sont les plus réputées du monde, célèbre pour produire des pierres dites d’une pureté exceptionnelle. Le Roi Soleil le fait tailler, avant de le baptiser sobrement “Bleu de France” et de l’intégrer aux joyaux de la couronne. Au moment de la Révolution française, la pierre disparaît : elle est volée, revendue, retaillée. Il faudra attendre le début du XIXème siècle pour qu’elle réapparaisse à Londres, dans la collection du banquier Henry Philip Hope, qui lui donnera son nom si tristement célèbre.
Quand Cartier le fait entrer dans la légende
En 1910, Pierre Cartier introduit le diamant à Evalyn Walsh McLean, richissime héritière étasunienne alors de passage à Paris. Parce qu’il la voit hésitante, le joaillier fait remonter le diamant dans un nouveau sertissage et lui envoie à Washington pour le week-end. Une stratégie de vente audacieuse, mais qui porte ses fruits : la vente est conclue en 1911, pour la modique somme de 180 000 dollars, accompagnée de sombres histoires de malédictions en partie inventées par son façonneur — la nouvelle propriétaire fait d’ailleurs bénir le diamant par un prêtre, au cas où.
L’achat d’une vie… maudite ?
Après cette acquisition, la vie d’Evalyn Walsh McLean dégringole. Son fils de neuf ans décède tragiquement dans un accident de voiture. Son époux la quitte, sombre dans l’alcoolisme et finit ses jours dans un hôpital psychiatrique. Sa fille meurt d’une overdose. Sa famille est également éclaboussée par le scandale politique du Teapot Dome (une affaire de corruption qui entache l’administration du président américain Warren G. Harding). Pourtant, l’esthète continue de porter son joyau, avec une désinvolture presque trop insolente. La légende raconte même qu’elle accrochait son collier au cou de son danois lors des réceptions qu’elle organisait.
Vers la fin d’une malédiction tricentenaire
Evalyn Walsh McLean meurt en 1947. Bien qu’elle ait souhaité que le diamant reste dans la famille et soit légué à ses petits-enfants, le poids de ses nombreuses impose la vente. C’est Harry Winston qui rachète, en 1949, l’intégralité de sa collection pour un million de dollars (l’équivalent aujourd’hui de 13 millions de dollars). Le diamant Hope, lui, est retrouvé dans une boîte à chaussures, sous un lit. Le joaillier ne se contente pas d’acquérir le bijou : il le fait tourner dans tous les États-Unis, l’intégrant dans l’exposition Court of Jewels. L’idée ? Éduquer le public sur les gemmes précieuses, tout en récoltant des fonds pour des associations. Finalement, Harry Winston en fait don à la Smithsonian Institution : de quoi mettre fin (il semblerait) à la triste malédiction.